Vallée de Chevreuse : le guide du sud des Yvelines

La vallée de Chevreuse désigne deux choses que l'on confond sans cesse : la vallée de l'Yvette proprement dite, et le parc naturel régional qui couvre une cinquantaine de communes bien au-delà. Châteaux, abbayes, forêts et sentiers y sont accessibles en une heure depuis Paris. Voici ce qu'il faut savoir avant d'y venir, et par quoi commencer.

Le résumé

  • Le nom recouvre deux choses que l'on confond : la vallée de l'Yvette proprement dite, et le parc naturel régional qui couvre une cinquantaine de communes.
  • Le parc s'étend bien au-delà de la vallée elle-même, ce qui explique que des sites annoncés en vallée de Chevreuse en soient éloignés de vingt kilomètres.
  • L'accès en transports depuis Paris se fait par le RER B, ce qui rend plusieurs départs de randonnée praticables sans voiture.

Deux périmètres sous un même nom

La vallée de Chevreuse au sens strict est la vallée creusée par l'Yvette, une rivière qui prend sa source dans les Yvelines et rejoint l'Orge dans l'Essonne. Elle traverse Chevreuse, Saint-Rémy-lès-Chevreuse et Gif-sur-Yvette, et ne fait guère plus d'une vingtaine de kilomètres.

Le parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse est tout autre chose : un territoire protégé créé en 1985, étendu depuis, qui regroupe une cinquantaine de communes sur les Yvelines et déborde vers l'Essonne. Il couvre non seulement la vallée de l'Yvette mais aussi les plateaux agricoles, les massifs forestiers de Rambouillet et de Port-Royal, et une multitude de petits vallons affluents.

Cette distinction n'est pas un détail de vocabulaire. Un visiteur qui cherche « la vallée de Chevreuse » sur une carte tombe sur une vallée étroite, alors que ce qu'on lui a vanté couvre en réalité un espace vingt fois plus vaste, avec des paysages très différents d'un bout à l'autre. C'est le sud des Yvelines dans son ensemble qui constitue la destination, pas la seule rivière.

Un territoire à une heure de Paris

La proximité est l'atout principal, et elle explique la fréquentation. Depuis la capitale, le RER B dessert directement Saint-Rémy-lès-Chevreuse, où il a son terminus : une quarantaine de minutes depuis le centre de Paris, sans changement, ce qui met les premiers sentiers à quelques centaines de mètres de la sortie de gare. C'est une situation rare en Île-de-France, où l'accès à la nature suppose presque toujours une voiture.

Le RER C dessert de son côté Saint-Quentin-en-Yvelines et permet de rejoindre la partie occidentale du territoire, tandis que la ligne N depuis Montparnasse mène à Rambouillet en une trentaine de minutes. En voiture, la N118 et l'A10 encadrent la région, et l'on atteint la plupart des sites en une heure depuis la porte de Saint-Cloud.

Cette accessibilité a une conséquence pratique : les week-ends de printemps et d'automne, les parkings des sites les plus connus sont saturés dès le milieu de la matinée. Venir tôt, ou venir en semaine, change complètement l'expérience.

Pourquoi ce paysage, et ce que l'histoire y a laissé

La physionomie du territoire s'explique en deux mots : des plateaux limoneux, cultivés depuis toujours, entaillés par des vallées encaissées. L'Yvette et ses affluents ont creusé les sables et les grès qui forment le sous-sol, ce qui donne ces versants raides couverts de forêt et ces fonds humides. Les chaos rocheux des Vaux de Cernay sont des bancs de grès dégagés par l'érosion, la même formation qui fait la réputation de Fontainebleau.

Cette géographie a une conséquence directe pour le promeneur : on passe en quelques centaines de mètres d'un plateau agricole ouvert à un vallon fermé et frais. C'est cette alternance, sur des distances très courtes, qui fait la richesse des paysages du parc et explique la diversité de ses milieux naturels.

L'histoire y a ajouté un patrimoine que peu de visiteurs identifient : le réseau des rigoles. Pour alimenter les bassins et les fontaines de Versailles, Louis XIV fit construire au dix-septième siècle un système de collecte des eaux sur les plateaux, avec des étangs de retenue et des dizaines de kilomètres de canaux à faible pente. Les étangs de Hollande, dans la forêt de Rambouillet, en font partie. Ces ouvrages traversent encore le territoire et se longent à pied : ce sont des chemins plats et rectilignes au milieu des bois, dont l'origine surprend quand on l'apprend.

Le vingtième siècle a laissé une autre trace, moins visible : la proximité de Paris a fait de ces villages des lieux de villégiature puis de résidence, ce qui a préservé le bâti ancien tout en multipliant le nombre d'habitants. La France périurbaine et la France rurale se côtoient ici sur quelques kilomètres.

Les châteaux

Le patrimoine bâti est la première richesse du territoire, et il tient à une raison historique simple : la proximité de Versailles et de Paris a fait de cette région un lieu de résidence pour la noblesse et la haute administration pendant plusieurs siècles.

Le château de la Madeleine, à Chevreuse, domine la vallée depuis son éperon. C'est une forteresse médiévale dont le donjon remonte au onzième siècle, aujourd'hui siège de la maison du parc naturel régional. L'accès au site et au panorama est libre, et la montée depuis le centre de Chevreuse constitue une promenade en elle-même.

Le château de Dampierre, à Dampierre-en-Yvelines, est l'ensemble classique le plus remarquable de la vallée : bâtiment du dix-septième siècle attribué à Jules Hardouin-Mansart, parc dessiné par Le Nôtre, douves en eau. Le château de Breteuil, à Choisel, présente une scénographie tournée vers les contes de Perrault et se visite très bien en famille, son parc étant l'un des plus agréables du secteur.

À l'ouest, le château de Rambouillet et son domaine national ferment le territoire avec une histoire différente, celle d'une résidence présidentielle jusqu'à une période récente.

Port-Royal des Champs, le site le plus singulier

L'abbaye de Port-Royal des Champs, à Magny-les-Hameaux, mérite d'être distinguée du reste, car son intérêt est autant intellectuel que paysager.

Ce monastère cistercien devint au dix-septième siècle le foyer du jansénisme, un courant religieux rigoriste dont les positions théologiques finirent par heurter le pouvoir royal. Louis XIV fit raser les bâtiments en 1710. Il en reste des ruines, un musée national installé dans les Granges, et un vallon d'une grande beauté.

Un détail donne au lieu une résonance particulière : Jean Racine y fut élève aux Petites Écoles de Port-Royal, réputées pour leur pédagogie inhabituelle à l'époque. Un sentier balisé porte aujourd'hui son nom et relie Chevreuse à l'abbaye, en une randonnée de trois heures environ qui suit le fond de vallée puis remonte sur le plateau.

Nature, forêts et randonnées

Le territoire est riche en espaces naturels de qualité, dont plusieurs sont protégés.

Les Vaux de Cernay, à Cernay-la-Ville, forment le site naturel le plus spectaculaire de la région : un vallon encaissé où le ruisseau cascade entre des chaos de grès, dans une ambiance qui attira les peintres paysagistes au dix-neuvième siècle. L'ancienne abbaye des Vaux-de-Cernay, à proximité, complète la visite.

La forêt de Rambouillet déploie plus de vingt mille hectares à l'ouest, avec ses étangs, ses landes et sa population de cerfs. Les coteaux qui bordent l'Yvette abritent quant à eux des pelouses calcaires et des milieux secs peu communs en Île-de-France, ce qui explique leur classement.

Côté randonnée, le GR 11 traverse le territoire et permet des itinéraires de plusieurs jours, tandis qu'une centaine de circuits balisés plus courts sillonnent le parc. Notre page sur la lecture du balisage explique les marques que vous croiserez, et celle consacrée aux randonnées encadrées détaille les sorties accompagnées, utiles pour aborder les secteurs les moins fréquentés.

Le petit patrimoine rural

À côté des grands domaines, le territoire conserve un patrimoine modeste et très dense, qui se rencontre au détour d'un chemin plutôt qu'au bout d'une file d'attente.

Les églises et chapelles de village en constituent l'ossature : beaucoup remontent aux douzième et treizième siècles, avec des clochers-porches caractéristiques de l'Île-de-France rurale, et plusieurs sont classées au titre des monuments historiques. Elles se visitent le plus souvent librement, en dehors des offices.

S'y ajoutent les lavoirs, particulièrement nombreux à Chevreuse le long des biefs, les moulins installés sur l'Yvette et ses affluents, dont celui de Longvilliers, et les fermes fortifiées du plateau, reconnaissables à leur cour fermée par un porche charretier. Rochefort-en-Yvelines, accroché à son coteau, réunit à lui seul plusieurs de ces éléments.

Ce patrimoine ne fait l'objet d'aucune signalétique touristique appuyée, ce qui en fait le meilleur prétexte à une balade sans destination précise. Les musées du territoire en donnent la clé de lecture, et notre page visiter recense les sites ouverts au public. Pour la pause du midi, les restaurants de village et les traiteurs locaux valent souvent mieux que les enseignes des axes routiers.

Les villages à ne pas manquer

L'intérêt du territoire tient autant à ses villages qu'à ses grands sites, et ils se découvrent mieux en s'éloignant des axes principaux.

Chevreuse elle-même, avec ses lavoirs le long des rigoles et son centre ancien, se parcourt en une heure. Saint-Rémy-lès-Chevreuse, porte d'entrée par le RER, conserve un caractère de bourg. Dampierre et Cernay-la-Ville vivent autour de leurs grands domaines. Plus à l'ouest, les hameaux du plateau, Gazeran, Émancé ou Orphin, offrent une image plus agricole et beaucoup plus calme du sud Yvelines.

C'est là que se joue une différence utile à connaître : la partie orientale, proche du RER, est fréquentée et bien équipée ; la partie occidentale, autour de Rambouillet et des plateaux, est plus vaste, plus tranquille, et suppose une voiture.

Musées, ateliers et savoir-faire

La vie culturelle du territoire est plus dense que ne le laisse penser son caractère rural, et elle se concentre sur trois registres.

Les musées d'abord, avec le musée national de Port-Royal des Champs pour l'histoire religieuse et intellectuelle, et la Bergerie nationale de Rambouillet, ferme expérimentale fondée sous Louis XVI pour acclimater le mérinos et devenue un lieu de visite et de formation agricole. Les expositions temporaires ensuite, que les châteaux et les communes programment surtout de mai à septembre.

L'artisanat d'art enfin, particulièrement présent : céramistes, verriers, ébénistes et relieurs se sont installés dans les villages, attirés par des ateliers abordables à proximité immédiate de Paris. Beaucoup ouvrent leurs portes lors de journées dédiées, et c'est l'une des façons les plus intéressantes de découvrir le territoire hors des sites touristiques. Le terroir local se visite selon la même logique, directement chez les producteurs.

Au-delà de la randonnée

Le vélo occupe une place croissante, et pour une raison précise : la Véloscénie, itinéraire cyclable qui relie Paris au Mont-Saint-Michel, traverse le territoire par la vallée de l'Yvette puis Rambouillet. On peut donc en parcourir la première étape depuis Paris et revenir en train, ce qui constitue une excursion d'une journée sans logistique. Les chemins forestiers du massif de Rambouillet offrent par ailleurs des parcours de tout-terrain de tous niveaux.

L'équitation est une autre spécialité locale, avec de nombreux centres équestres et des itinéraires balisés qui profitent des allées forestières. Les bases de loisirs et les parcours d'aventure dans les arbres complètent l'offre pour les familles, tout comme les activités de divertissement recensées sur le territoire.

Ce que le parc protège, et ce que cela implique

Un parc naturel régional n'est pas une réserve fermée : c'est un territoire habité dont la charte engage les communes à préserver certains milieux tout en y maintenant l'activité. Savoir ce qui est protégé rend la visite plus intéressante et évite quelques maladresses.

Trois milieux justifient l'essentiel du classement. Les pelouses sèches des coteaux calcaires, exposées au sud, abritent des orchidées sauvages et des insectes rares, sur des surfaces minuscules et très vulnérables au piétinement. Les zones humides de fonds de vallée, tourbières et prairies inondables, sont les milieux les plus menacés d'Île-de-France. Les massifs forestiers enfin, dont les vieux arbres abritent chauves-souris et insectes saproxyliques.

La conséquence pratique tient en trois règles simples : rester sur les sentiers balisés, tenir son chien, et ne rien cueillir. Elles paraissent évidentes et sont pourtant à l'origine de la dégradation des pelouses les plus remarquables, qu'un passage répété hors chemin suffit à faire disparaître.

Pour observer sans déranger, deux périodes se détachent : le printemps pour la floraison des coteaux, et septembre pour le brame du cerf en forêt de Rambouillet, à écouter depuis les points d'écoute encadrés plutôt qu'en s'approchant. Quant aux panoramas, les meilleurs se prennent depuis les sites historiques eux-mêmes : la terrasse du château de la Madeleine embrasse toute la vallée de l'Yvette, et les hauteurs de Port-Royal donnent la mesure du vallon.

Quand venir

Chaque saison a son intérêt, et le choix change réellement ce que l'on voit.

Le printemps est la période la plus courue, entre avril et juin : les sous-bois fleurissent, les jours s'allongent et les châteaux rouvrent après la trêve hivernale. L'automne lui dispute la première place, avec les couleurs de la forêt de Rambouillet et le brame du cerf en septembre, écouté depuis des points d'observation encadrés.

L'été convient aux baignades en base de loisirs et aux longues journées, mais c'est aussi la saison la plus sèche, où les cascades des Vaux de Cernay peuvent se réduire à un filet. L'hiver enfin, souvent négligé, donne les meilleurs panoramas depuis les coteaux, les arbres dénudés dégageant des vues impossibles le reste de l'année.

Organiser sa venue

Une journée suffit pour un site majeur et une promenade, mais le territoire se prête particulièrement bien au week-end, la distance permettant de partir le samedi matin sans y consacrer sa journée.

Pour l'hébergement, l'offre se répartit entre hôtels concentrés autour de Rambouillet, gîtes ruraux dispersés dans les villages, et campings pour la belle saison. Le terroir local mérite qu'on s'y arrête, entre les fermes qui vendent directement, les brasseries artisanales et les producteurs installés sur le plateau.

Un conseil d'organisation vaut mieux qu'une liste de sites : choisissez un secteur et restez-y. Vouloir enchaîner Dampierre, Port-Royal et les Vaux de Cernay dans la même journée revient à passer son temps en voiture sur des routes étroites, alors que chacun de ces sites occupe facilement une demi-journée avec sa promenade.

Questions fréquentes

Où se trouve exactement la vallée de Chevreuse ?
Dans le sud des Yvelines, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Paris. La vallée proprement dite est celle de l'Yvette, mais le nom désigne couramment tout le territoire du parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse, qui s'étend bien au-delà, jusqu'à Rambouillet à l'ouest.

Comment y aller sans voiture ?
Le RER B mène directement à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, son terminus, en quarante minutes environ depuis Paris. Plusieurs sentiers partent de la gare. Pour la partie ouest, la ligne N depuis Montparnasse dessert Rambouillet.

Que voir en une journée ?
Le château de la Madeleine et le centre de Chevreuse le matin, puis le sentier Jean Racine jusqu'à Port-Royal des Champs l'après-midi, constituent la journée la plus complète et se font intégralement en transports en commun.

Le parc naturel régional est-il gratuit ?
Le territoire est libre d'accès, comme tout espace naturel régional : ce sont les visites de châteaux et de musées qui sont payantes. Les sentiers, les points de vue et les abords du château de la Madeleine ne coûtent rien.

Peut-on y venir avec des enfants ?
Oui, et le château de Breteuil avec sa mise en scène des contes de Perrault est spécifiquement conçu pour cela. Les bases de loisirs et la ferme pédagogique de Rambouillet complètent les possibilités par temps incertain.

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